Introduction
C’est sans doute parce que Jésus est l’un des personnages les plus insaisissables de l’Histoire que ni les théologiens ni les historiens du rock les plus réputés ne s’accordèrent jamais pour oser clamer haut et fort que le prophète galiléen du premier siècle fut indubitablement le premier rock’n’roller de tous les temps.
Les Evangiles, précisons-le, ne nous donnent que des « photographies » floues de la vie du prophète, des interprétations subjectives de sa vie et de son oeuvre. Ce ne sont après tout que des filtres – on peut préférer le filtre rouge du jaune par exemple – imposés par ceux qui les ont écrits en fonction de leur culture et de leurs objectifs.
Parmi les figures de Jésus qui apparaissent dans les Saintes Ecritures aussi bien que dans les nombreux ouvrages publiés chaque année dans le monde, difficile par exemple, de choisir entre le Jésus cool des Béatitudes qui prêche l’amour, le Jésus thaumaturge et surnaturel qui redonne la vue aux aveugles celle du Jésus vénère de la parabole des Talents. Ce ne sont que trois exemples, ma foi, fort limités : on pourrait ajouter le Jésus zen et maître de sagesse, le Jésus davidique et nationaliste, le gentil rêveur de Galilée, l’« obscur galiléen né de la lie du peuple » etc. etc. Jésus est tout ça, enfin, pour ceux en sont convaincus, et en même temps il serait trop restrictif de le définir ainsi, même avec toutes ces facettes réunies en une seul boule.
Voilà pourquoi la petite question posée par le prophète dans Marc 8, 27-33 est si importante : « Pour vous, qui suis-je ? ». Comme si ce dernier savait qu’il était sujet à interprétation et qu’il voulait connaître ce qu’on disait de lui.
La figure de Jésus n’est pas l’apanage des théologiens, des pratiquants réguliers, des grenouilles de bénitier ou des fondamentalistes de tout poil. Son discours et ses actes « appartiennent » à tous ceux qui décident d’en fructifier le sens, d’en découvrir les nouveaux aspects, de toujours l’aborder comme un sujet perpétuellement neuf, bref, d’en voir son incroyable modernité.
Ainsi, j’ai décidé, modestement mais en m’appuyant néanmoins sur des sources solides de dépoussiérer et de décaper quelque peu une certaine image d’Epinal d’un Jésus que je ne comprends pas, dont les mots de feu sont trop souvent pris en otage par des personnes dont on se demande s’ils ont lu (ou relu) les Evangiles, ou bien par des idéologies et des doctrines – et là c’est encore plus grave – allant à l’encontre de son message et de ses actes. Pour moi, ce n’est pas le message de Jésus qu’il faut actualiser, c’est la façon d’en parler.
Et le rock’n’roll, dans tout ça ? Quel lien possible entre cette musique endiablée et le prophète galiléen ?
Première remarque : ce sont des musiciens chrétiens qui ont inventé le rock. Bien sûr, ils ne l’ont pas fait à partir de rien, mais Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Little Richard, et autres grands-pères du rock ont tous grandi dans une ambiance profondément religieuse.
Mais il y autre chose.
Je vous parle plutôt d’une attitude, d’un certain état d’esprit. Etre rock’n’roll, ce n’est pas s’égosiller sur scène dans un pantalon en cuir devant des fans transpirants et imbibés de bière ! Etre rock’n’roll, c’est aller de l’avant – écrivez le comme vous voulez – car le rock’n’roll est avant tout affaire d’énergie. Cette énergie – brute et pas brutale, nuance – n’est ni vaine, ni gratuite. « Ce n’est pas une énergie qui épuise les gens », écrit Sam Shepard dans Rolling Thunder, lorsqu’il peint Bob Dylan sur scène. Et de poursuivre : « Au contraire, elle leur apporte encouragement, espoir, et la vie, tout simplement la vie triomphante ».
Soyons clairs : ma théorie n’est pas de clamer haut et fort que Jésus et ses disciples ont arpenté les routes de la Palestine ou de la Judée avec des Gibson ou des Fender rutilantes. Ne comptez pas sur moi pour inventer une nouvelle vie de Jésus. Même si au 21ème siècle, Jésus aurait sans doute écumé les routes avec un groupe de 12 musiciens pour toucher le plus grand nombre et proclamer la Bonne Nouvelle.
L’objectif de ce blog est de démontrer que l’esprit rock soufflait déjà en Galilée il y a deux mille ans. Oui, Jésus a ouvert la voie du rock’n’roll, et il en fut véritablement le précurseur. Car Jésus, à l’instar du rock’n’roll et ce, dès son avènement, a fait souffler un vent nouveau. Et qu’il a proposé, et c’est toujours le cas, je trouve, quelque chose de nouveau. Pour faire court, et parce que nous ne sommes que dans l’introduction du livre, nous devons considérer Jésus et le rock comme des réveilleurs. Autant des réveilleurs d’âmes que de tympans. Voilà pourquoi Jésus peut-être sans provocation aucune être considéré comme la première icône rock. La lecture des Evangiles procure une sensation proche de l’écoute d’un bon rock : ça donne un sacré coup de fouet, voire un bon coup de pied aux fesses. Le lien et si fort, que l’on peut se demander, et cela sera abordé dans ce blog, si la figure de Jésus n’a imprégné l’inconscient collectif du rock, ce qui expliquerait pourquoi que certains reproduiraient, sciemment ou non, le destin et les coups d’éclat du prophète ! Rébellion, scandales, vie de groupe, tournée harassante, traversée du désert, ça ne vous dit rien ?
Une dernière chose : l’objectif de ce blog n’est pas de parler de la foi des artistes ou de leur spiritualité. Ce n’est pas non plus un livre sur le rock chrétien – je me permets au passage d’écrire que ce n’est pas parce qu’un cul béni se single d’une Telecaster qu’il deviendra automatiquement un rock’n’roller – ni une biographie sur le Jésus historique.
Fin du préambule. Etes-vous prêts à devenir un jésurollien ? Si c’est le cas, consultez ce blog !

