Saturday, May 5, 2007

Jésus et ses fans - Part 2

      Le comportement des fans de Jésus préfigure très vite celui des fans de notre ère. Car c‘est une véritable Jésumania qui prend vie : « Beaucoup de gens, venus de la Galilée, le suivirent, et aussi beaucoup de gens de Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon » (Marc 3, 7-12). Parmi eux, « des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d’autres infirmes » (Matthieu 15, 30) mais aussi des enfants (Marc 10, 13-14). Les évangélistes évoquent à plusieurs reprises l’émoi que suscitent Jésus chez ses admirateurs : « Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui » (Luc 6-19), ou bien : « Et dans tous les endroits où il était, dans les villages, les villes ou les champs, on déposait les infirmes sur les places. Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau » (Marc 6, 56). Le succès de Jésus est tel qu’Hérode Antipas, encore lui, s’inquiète de ce « déferlement prophétique » (Perrot), susceptible de créer une révolte populaire.

      Un artiste véritable se réserve toujours le droit de se réinventer, de dérouter quitte parfois à ne pas faire l’unanimité parmi ses fidèles (le refrain est connu : c’était mieux avant). Le toujours fringant Mick Jagger semble déplorer ce fait : « Le public est décidément très conservateur. […] Les gens aiment qu’on soit enfermés quelque part et qu’on en sorte jamais. Il faut prendre des risques, quitte à être déçu ou à se tromper. Sinon, c’est la sclérose. » Malheureusement, les fans déçus se révèlent parfois aussi versatiles que les girouettes, quitte à se retourner contre leur idole, et se montrer dangereux.  C’est précisément ce qui arriva à Jésus : si son discours novateur séduit dans un premier temps la foule, il finira par en dérouter plus d’un.  En effet, un gigantesque malentendu va naître entre le rabbi et ses fans qui l’acclament comme le Messie (« C’est vraiment lui le grand Prophète » Jean, 6-14), celui qui sera roi d’Israël, le souverain politique que tout le monde attend, et que Jésus n’a jamais n’a jamais voulu être. Jésus va alors connaître les défections parmi les disciples : « beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui » (Jean 6,66). Son mouvement connaît une crise sans précédent, si bien qu’il va jusqu’à demander aux Apôtres s’ils veulent le laisser tomber eux aussi. Un espoir demeure néanmoins : lors de Pessah, et de fameuse montée des Rameaux, il reste encore des aficionados, « une grande foule » selon Jean, dont les amis de Lazare, habitants de Béthanie.  Mais la fracture est réelle.

      La fin est proche. Jésus le sait. Son arrestation sur le mont des Oliviers est tragique : « Alors les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent » (Matthieu 26,56). Duquesne tente de comprendre : «  ce n’est pas seulement par peur, pas seulement parce qu’ils ont le sentiment que leur mouvement, leur organisation va s’effriter, éclater, se dissoudre, c’est aussi sans doute parce que le malentendu s’est prolongé jusque là : ils attendaient une intervention divine en faveur de Jésus, ils attendaient que celui-ci passe à l’action. Et puis, rien. »

Pierre a bien suivi Jésus jusque dans la cour du grand prêtre Anne, mais il sera reconnu avant de nier par trois fois et prendre la fuite en courant. Lors du chemin de croix, une foule est présente, étrange mélange de badauds, d’opposants, et peut-être de fans honteux. Mais aucun des textes ne mentionne un seul disciple, excepté  le « disciple bien aimé » mentionné par Jean, et quelques femmes… La récompense de ces dernières sera grande : elles seront les premières informées de la Résurrection.

Après la mort de la star, vient le retour des fans. Forcément, les destins tragiques passionnent les foules. Timidement d’abord, avec l’intervention de Joseph d’Arimathie et de Nicodème qui procurent une sépulture décente à leur modèle. L’apothéose se produira après les apparitions de Jésus ressuscité, qui vont relancer le mouvement, repris par les Apôtres, soucieux de perpétuer l’héritage du rabbi, quitte à parfois le dénaturer…

      Les fans sont décidément bien imprévisibles. En voici, le meilleur exemple, relaté par Odon Vallet : « Au-dessus du village palestinien d’Abu Gosh, lieu supposé de l’apparition de Jésus à ses disciples d’Emmaüs, un fan d’Elvis Presley a construit un retaurant-musée à la gloire de son « idole » ». Vous me direz : « Non ? ! » Messie…

Posted by Clappucci at 11:36:38
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