Jésus en concert - Part 2
Intarissable, le rabbi s’autorise même des « bœufs » avec ses compagnons (pour les profanes, rappelons qu’un bœuf est une séance musicale improvisée), aussi bien sur une montagne (Matthieu 15, 29-31) que dans une barque (Marc 8, 14-21). Si le festival de Cannes avait existé à l’époque, Jésus aurait proclamé la Bonne Nouvelle sur le tapis rouge des marches ! (exploit accompli depuis par U2 lors de la dernière édition du festival). Cette remarquable et saine attitude (à aucun moment dans les Evangiles, Jésus ne dit qu’il part « roder » son spectacle en Province) qui consiste à s’adapter à l’auditoire, n’importe où et n’importe quand, lui permettra de garder la tête froide dans ce que l’on pourrait appeler une très longue tournée, exténuante et déboussolante pour quiconque n’est pas blindé psychologiquement et physiquement. David Bowie, par exemple, en a fait les frais: « Lorsque tout est devenu fou avec Let’s Dance et que, de 1984 à 1987, je remplissais des stades entiers, je ne m’y retrouvais pas. Je me disais: «Mais qui sont tous ces gens?» ». Jeff Buckley avait quant à lui anticipé le pétage de plomb lorsqu’il décida après une tournée épuisante de se produire dans des cafés, alors que son album Grace avait eu les faveurs des critiques et du public.
Il est temps maintenant d’aborder la Cène, le dernier concert de Jésus, à Jérusalem. Quelques jours auparavant, Jésus avait soigné son entrée dans la « capitale éternelle » : il y monta sur le dos d’un âne, ce qui Selon Matthieu (21,5) et Jean (12,15) était un moyen d’accomplir l’Ecriture : « Voici ton roi qui vient monté sur le petit d’une ânesse ». Jacques Duquesne souligne que « dans les temps anciens, [l’âne] était la monture des dieux : en Inde, en Chine et en Mésopotamie ». Mais cette entrée n’aurait été aussi remarquable sans une foule venue l’accueillir non pas avec des briquets allumés mais avec « des branches de palmier » (Jean 12,13), des branches d’arbres (Matthieu) et qui étend ses manteaux (Luc, 19,35) tout en entonnant le Hosanna.
Le dernier concert de Jésus , entre tension (« l’un de vous me livrera » Jean 13,21) et tristesse (« D’ici peu, vous ne me verrez plus » Jean 16,16), restera dans toutes les mémoires : le rabbi, se retrouvant seul avec son groupe, sur le Mont des Oliviers, y donnera un commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres » (Jean 15,17). Ce moment de partage est toujours célébré par nombres de fidèles chaque dimanche au cours de la messe dominicale. Jésus fait donc ses adieux et le groupe chante pour la dernière fois le Hallel, l’action de grâce qui clôt le repas. Un Hallel aux colorations bluesy sans doute… Le monde du rock a lui aussi connu les affres de l’ultime concert programmé. L’un des plus mémorables fut sans doute celui des Kinks, au stade de White City de Londres en juillet 1973, à la fin duquel le leader Ray Davis annonçait : « Ceci était notre dernier concert. Les Kinks sont morts. Et je suis mort ». Heureusement pour eux, ces derniers connaîtront une forme de résurrection… musicale.
« On me demande souvent comment je fais pour rester sur scène aussi longtemps, mais, en réalité, le problème pour moi, c’est d’arrêter ! Quand vous avez la chance que votre musique ait autant d’impact sur les gens que la musique en a eu sur vous, il n’y a plus qu’une chose à faire : aller vers le public, dialoguer avec lui, lui donner le meilleur de vous-même ». Des paroles de Jésus nouvellement trouvées par James Cameron dans des jarres enfouies au fin fond d’une grotte ? Que nenni ! Ces mots sont du Boss, alias Bruce Springsteen. Ils rendent compte de l’engagement moral et physique de tout artiste qui se respecte envers le public. Et Jésus, en tant que première rock star de l’Histoire en a formidablement donné l’exemple. Quitte d’ailleurs, à mourir sur Cène…