Wednesday, February 6, 2008

Un rebelle nommé Jesus - Part 2

      Bien au-delà de « la subversion du message christique » (expression de Frédéric Lenoir) la vraie rébellion de Jésus ne pouvait trouver son apogée et sa raison d’être que dans ses actes.

      Jésus de Nazareth a grandi dans un monde troublé. Ce contexte tendu favorisait donc les appels à la révolution. D’ailleurs, les évangiles montrent souvent Jésus obligé de calmer l’inspiration révolutionnaire de certains de ses disciples, ou même de foules enthousiastes qui voulaient le faire roi (Jean 6-15). Par ailleurs,  il exprime son souhait de ne pas se mêler de luttes politiques via le célèbre « Rendons à César… » (Marc 12,17). Malgré tout, cela n’a pas empêché le rabbi de bousculer son époque par des actions innovantes et surprenantes.

      Jésus n’hésite à s ‘attaquer aux règles religieuses. Il transgresse même les tabous alimentaires puisque Jésus « déclarait tous les aliments purs » (Marc 7,19). Pour Jésus, ce qui rend l’homme impur n’est pas ce qu’il mange mais ce « ce qui sort de l’homme ». Cette remise en cause est un acte fort, car explique Jacques Duquesne, « Israël sacrifiait sans cesse des animaux, des agneaux le plus souvent pour garder le contact avec l’Eternel, rétablir toujours son lien avec Lui. L’arrivée de Jésus rend ces rites inutiles : il établit lui-même le contact avec Dieu, il créé une ligne directe ». Jésus se met à dos non seulement le sacerdoce dirigé par la caste des sadducéens, mais aussi la confrérie des pharisiens. Surtout lorsqu’il crée le scandale en ne respectant pas le sabbat  (Marc 2,23). Pourtant, Jésus ne méprise pas les règles religieuses. Il les observe même parfois.  Il fait juste appel à la conscience et à l’intelligence de chacun, et en propose une interprétation nouvelle quitte à bousculer un peu les traditions et les règlements comme les ablutions rituelles ou le sabbat.
     
Jésus est libre et se moque bien du quand dira t’on en ne dissimulant en rien ses « mauvaises fréquentations » : il n’hésite pas à casser la graine avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs (Marc 2,15) et à toucher un lépreux (Marc 1,40-45). Ces derniers, véritables bannis de la société comme le démontre le livre du Lévitique (« qu’on les jette hors de la ville », 14,40) étaient considérés comme impurs physiquement et spirituellement. Mais Jésus ne suit pas le sens commun et transgresse une nouvelle fois la loi juive en le touchant et en le guérissant. Jésus, par ce geste, a aussi permis à ce pauvre bougre de retrouver sa place dans la société.  Comme quoi, Jésus est l’exemple même que, à l’instar du rock d’ailleurs, l’on peut à la fois bousculer les interdits et créer du lien social…

      Soyons clairs sur les coups d’éclats du rabbi. Jésus n’a rien d’un rebelle de salon : il ne saccage pas les chambres d’hôtel, comme un demeuré cocaïné en tournée. Mais il sait utiliser la force intelligemment pour s’attaquer directement à ce qui cloche. Lorsqu’il chasse les marchands du Temple, avec un fouet qu’il a lui-même fabriqué (Jean 2, 14,15), il montre que la colère n’est pas stérile. Il s’insurge et trouve honteux que le Temple s’en mette plein les poches grâce à la piété d’un peuple fervent. Les dérives mercantiles n’ont rien à voir selon lui avec l’amour de Dieu. Mais qui serait assez courageux aujourd’hui de se mettre à dos une partie de l’opinion publique américaine en bottant les fesses de ces nouveaux marchands du Temple contemporains que sont les télévangélistes dont le spectacle de la foi frôle bien souvent le grotesque…


      Jésus de Nazareth n’est pas un agitateur politique, mais un agitateur spirituel.  Il sait provoquer, à bon escient. Il n’est pas non plus un révolutionnaire mais son message l’est : l’amour inconditionnel. Il ne prône pas la violence armée, n’a pas de prétentions politiques. Pourtant, il a accordé une attention particulière aux plus défavorisés. Comme l’explique la jolie formule de Gérard Bessière, il désire « passer de l’amour de la loi à la loi de l’amour ». En ce sens, il encourage une certaine relativisation des règles de pureté. A l’égard de la loi, Jésus est donc à la fois libre et exigeant. Ce qu’il critique et ce qui l’énerve, c’est la religiosité et l’ostentation hypocrites des dévots et des gardiens du Temple. La médiation religieuse n’est plus indispensable. Comme le souligne Frédéric Lenoir, « Jésus entend émanciper l’individu du groupe ».  Alors Jésus, trop moderne pour son époque ?
     
A l’instar des messages du rabbi, le rock sait lui aussi distribuer des baffes salutaires, à grande comme à petite échelle : « C’était ça la magie du rock. Entrer dans toutes ces maisons où il n’y avait pas de livres, pas de culture pas d’espoir, rien qu’une longue et lente aliénation. D’un seul coup, ça été la gifle, pour toute ma générations. Ça nous a ouverts » raconte David Bowie. Du reste, le rock n’est pas qu’un moyen de contestation et de rébellion, il est aussi une petite fenêtre sur l’espoir.  De ce fait, il est facile de comprendre pourquoi certains musiciens furent de vrais héros de l’ex-bloc communiste. Frank Zappa souligne : « Cette idée que quelqu’un pouvait avoir une totale liberté d’expérimenter musicalement devait être extrêmement séduisante pour n’importe qui vivant sous un régime totalitaire ». Lou Reed, lui, enfonce le clou : « Il est fascinant de constater combien, en Tchécoslovaquie, le rock comptait. Mes chansons sont d’évidence implicitement à propos de la liberté d’expression et dans le régime d’incroyable répression dans lequel vivaient ces gens, elles ont été comprises ainsi. Elles les ont aidés. »
     
Pour le rock et le rabbi, pas de doute, la liberté, c’est sacré…

Posted by Clappucci at 15:22:54
Comments

Leave a Reply