Wednesday, April 4, 2007

Mourir jeune et devenir immortel - Part 1

« [Jim Morrison] avait ce don incroyable, qui lui permettait de toujours s’inventer, cette vision qui habitait ses paroles, sa voix et même son visage et son corps. Là-dessus, il clamse. Quels meilleurs ingrédients pour un mythe ? Maintenant, il a vingt-sept ans pour l’éternité. »  John Densmore (batteur de the Doors)

 

En 1965, The Who proclamaient rageusement dans My Generation (qui allait devenir  un hymne générationnel) : « Hope to die young before get old ! » (J’espère mourir jeune  avant d’être vieux !). L’histoire du rock, jalonnée de décès prématurés et de disparitions dramatiques, a hélas très souvent appliqué à la lettre cette devise « mortelle ». La liste des disparus laisse d’ailleurs perplexe : Buddy Holly meurt à 23 ans (accident d’avion), Eddie Cochran à 21 ans (accident de voiture),  Brian Jones des Rolling Stones à 27 ans (noyé dans sa piscine), Jimi Hendrix à 27 ans (étouffé dans son vomi), Jim Morrison à 27 ans (overdose),  Elvis Presley à 42 ans (plus vieux que Jésus mais moins que Mathusalem) d’une crise cardiaque, Ian Curtis de Joy Division à 25 ans (pendaison), Jeff Buckley à 30 ans (noyé dans le Mississippi), Michael Hutchence de INXS à 37 ans (pendaison), Kurt Cobain à 27 ans (suicide par arme à feu)…

 

Bien sûr, nulle trace ici de « procès » ou de crucifixion, mais avouons tout de même qu’aucun de ces artistes n’a véritablement quitté ce monde à un âge avancé et de manière, dirons-nous, naturelle. « On attend des rocks stars qu’elles s’immolent par feu. Si elles ne meurent pas sur la croix à 33 ans, on veut se faire rembourser ! » clame Bono. Il semblerait donc que le public aime à donner le statut d’icône a tout artiste emporté dans la fleur de l’âge.

 

      Mais revenons un instant sur  la différence entre immortalité et résurrection. Le journaliste François Varlin précise : « L’immortalité de l’âme est donnée pour une libération du corps au moment de la mort, afin de continuer une vie divine. La résurrection, elle, est liée au corps, celui-ci étant confié à la terre, à la tombe, dont il est relevé. Il est réveillé par Dieu du sommeil où il s’était glissé – le mot signifie en grec ‘‘se mettre debout’’ après le sommeil. Ce n’est pas un simple retour à la vie pleine et définitive – comme pour Lazare – mais l’accession à la vie pleine et définitive ».

 

      Jésus a  fait très fort, il a connu les deux… Crucifié il y a près de 2000 ans (la date du 7 avril 30 est la plus fréquemment rappelée), la figure de Jésus demeure toujours aussi captivante : nombreux sont les artistes, cinéastes (de Pasolini à Scorsese) et écrivains (de Dickens à Kazantzakis) qui se sont penchés sur le cas Jésus, et il faut se rendre à l’évidence : Jésus remplit les salles et multiplie les best sellers. Le théologien Denis Fricker rappelle que « le personnage échappe au seul domaine de la foi chrétienne » et bénéficie même d’une certaine notoriété aussi bien dans le Judaïsme (depuis les années 1970) que dans l’Islam (Jésus prophète dans le Coran). Alors, peut-on aller jusqu’à dire que chaque artiste est finalement à la recherche d’une forme d’immortalité, synonyme de reconnaissance suprême, à travers la transcendance de leur art ? Encore une fois, observons comment les rock stars se sont emparées du complexe messianique (dont il n’est pas certain d’ailleurs que Jésus en eût été atteint) pour s’inspirer du Maître.

 

      Que l’on soit prophète ou rock star, il ne fait pas bon être roi : selon Jean (19,19), « Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : ‘‘Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs’’. Fricker explique ce fait : « Le seul chef d’accusation qui semble retenu par Pilate est celui d’une prétention de Jésus au titre de roi, ce qui équivaudrait à une volonté de révolte contre Rome. L’inscription apposée au-dessus de la croix reprend d’ailleurs ce motif de condamnation, tout à fait plausible historiquement ». Faisons maintenant un grand bond en avant et souvenons-nous des surnoms de deux des plus adulées des rock stars : celui de Presley était the King et celui de Morrison (qu’il s’était attribué) Lizard King (Roi Lézard).

 

CQFD :  l’Histoire démontre qu’il n’est pas bien malin de  copier… 

To be continued

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Mourir jeune et devenir immortel - Part 2

L’ombre la mort  (ou comment jouer avec le feu) : les Evangiles rappellent que Jésus avait rapidement annoncé sa mort et sa résurrection. Par exemple dans l’évangile de Marc, Jésus affirme : « Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter » (8,31). Dans le contexte politique et social de l’époque, son attitude rebelle avait de quoi exciter son monde et les ligues de vertu. Fricker, toujours,  développe : « S’il est sans doute vrai que Jésus ne pouvait ignorer qu’il risquait sa vie, il n’est pas du tout assuré qu’il ait pensé devoir mourir dans d’atroces souffrances pour assurer le salut des hommes ».  Jésus est allé si loin, que ceux qui l’écoutaient en étaient effrayés : « C’est un possédé, il est fou » (Jean 10,20) , « Veut-il donc se suicider ? » (Jean 8, 22).

      Sans aller jusqu’à voir en Jésus un adepte de l’autodestruction, on voit bien pourquoi de nombreuses rock stars empruntes le chemin risqué de la provoc : parce que tester ses limites fait parler de soi, et parce qu’en définitive « Personne ne sort de là vivant » (formule attribuée à Morrison). Robbie Krieger, guitariste de The Doors, affirme que Jim Morrison souffrait depuis l’enfance de rhumatismes articulaires. « Si c’est vraiment le cas, cela peut expliquer son comportement suicidaire. Souvent le cœur de ceux qui souffrent de cette affection lâche avant trente ans. Si Jim le savait, à quoi bon… ». Quant à Elvis, il semble que son décès (dû lui aussi à de nombreux abus) était malheureusement un problème qui venait de son ADN. Son père Vernon et son oncle Vester sont eux-aussi décédés d’une crise cardiaque. Il est difficile de croire que le King n’était pas au courant de tels antécédents médicaux. Terminons ce paragraphe avec le fragile et auto-destructeur Kurt Cobain, qui écrivit une note de suicide plus que troublante, qui continue à faire couler beaucoup d’encre, dont voici quelques lignes : « Il y a de la bonté en chacun de nous et je pense que j’aime tout simplement trop les gens. Tant et si bien que ça me rend foutrement triste. […] Petit Jésus indifférent né sous le signe du poisson… Pourquoi ne pas simplement se réjouir ? ». Les trois derniers mots apposés avant sa signature, surprennent encore plus : « Paix, amour, compassion »…

      La mort de rockers charismatiques engendrent toujours son lot de polémiques : cette habitude de se renvoyer la pierre afin de définir les responsables du décès (car il faut bien qu’il y aie un ou des responsables, n’est-ce pas ?) est un épineux problème que bon nombre de personnes s’emparent pour incriminer les mauvaises personnes et régler quelques comptes antédiluviens ou tout bonnement pour se faire un peu de fric. Mais la polémique a commencé il y a bien longtemps, en Judée…

      Denis Fricker rappelle que jusque dans les années 1960, on pouvait entendre dans les églises cette phrase tirée la liturgie catholique du Vendredi saint : « Si c’est Pilate qui a prononcé la sentence et donné l’ordre de le crucifier. Si c’est lui en quelque sorte qui l’a crucifié, vous aussi Juifs l’avez mis à mort ». Il fallut attendre les réformes du concile Vatican II pour « purger » (expression de Fricker) la liturgie de telles expressions. Le temps a donc du faire son office pour faire la part des responsabilités des acteurs de l’époque. Pourquoi ? Parce que le contexte de la condamnation de Jésus demeure assez floue, les Evangiles ne partageant pas les mêmes faits : décalage de chronologie, rôle de chacun mal défini… Odon Vallet rappelle que « le procès est aussi mal connu que l’arrestation et on comprend mal le rôle respectif du roi juif Hérode Antipas, du grand prêtre Caïphe, du Sanhédrin (conseil des Anciens) et du préfet Ponce Pilate. […] Aucune exégèse sérieuse ne peut prétendre détenir la vérité quant à l’ordre de ces comparutions et à l’issue de ces instances ». Charles Perrot s’appuie sur l’évangile de Marc pour souligner que les pharisiens (dont la ligne a donné le Judaïsme d’aujourd’hui) ne sont pas désignés comme les adversaires meurtriers de Jésus, et met en avant le rôle des sadducéens, en charge du Temple. Toujours selon lui, il a été malgré tout difficile d’empêcher « certains mouvements antisémites de s ‘appuyer abusivement sur le récit de la Passion, alors même que les réactions antisémites de Pilate  et des soldats devaient en fait jouer contre Jésus lui-même ».

To be continued

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Mourir jeune et devenir immortel - Part 3

      Le monde du rock, excessif,  ne s’embarrasse quant à lui ni du temps de la réflexion ni de considérations objectives pour s’emparer de ses morts et attiser leur légende.  La mort de Morrison a déclenché bien des passions, d’autant plus que le seul témoin direct, Pamela Courson, est décédé d’une overdose d’héroïne en 1974.  De plus, le décès de Morrison survint dans un climat politique perturbé aux États-Unis (l’opposition à la guerre du Vietnam grandit), qui n’a fait qu’exacerber une paranoïa, nourrie par la disparition de rock-stars (Jimi Hendrix, Janis Joplin) dans des circonstances troubles, et l’assassinat des deux leaders du mouvement afro-américain, Malcolm X et Martin Luther King. Dans ce contexte quelque peu surchauffé,  d’aucuns prétendent que le FBI avait une « liste noire » de personnalités « dangereuses » (comprenez « à abattre ») et que Jim Morrison figurait sur cette liste… 

      Bien que la mort de Cobain intervint dans un contexte politique moins fiévreux,  le doute subsiste quant à son suicide et beaucoup restent persuadés qu’il a été dézingué par sa veuve (joyeuse ?) Courtney Love. Evidemment, il existe des faits troublants : aucune empreinte digitale n’aurait été trouvée sur l’arme du suicide ; Cobain ayant assez d’héroïne dans son corps pour tuer trois personnes, il n’aurait pas été capable physiquement de se suicider ; un certain « El Duce »  leader d’un groupe local de Seattle affirma au réalisateur Nick Broomfield, auteur du documentaire controversé Kurt and Courtney que Love lui aurait offert 50 000 $ pour assassiner Cobain ; mais « El Duce » mourut mystérieusement sous les roues d’un train à Riverside, quelques jours après l’interview…

      La légende se doit aussi d’être entretenue par un voile de mystère , que l’on pourrait appeler syndrome de la résurrection. Si certaines rocks stars sont rongées de l’intérieur par un évident complexe messianique, il faut souligner à l’inverse l’attitude de certains fans qui, a l’instar des apôtres, ont vu leur idole en chair et en os ! Que ce soit Presley ou Morrison, il y aura toujours  des petits malins affirmant les avoir rencontrés en Europe, au Maroc, et même faisant de l’auto stop aux Etats Unis… Le cinéaste Adam Muskiewicz offre d’ailleurs une récompense de trois millions de dollars à quiconque peut mettre la main sur une preuve concrète pouvant accréditer son idée de la  fausse mort de Presley. La chasse au King est ouverte ! Le web est d’ailleurs intarissables sur ces surprenants témoignages. Croiser le King devient un sport national aux US, si bien qu’un américain sur dix ne croit pas à sa mort. Elvis aurait eu plusieurs raisons « d’organiser » sa mort, il y en a tellement que je ne résiste pas à vous livrer la plus romanesque : Elvis aurait perdu avant son décès 10,000,000 $ dans un mauvais investissement avec un organisme obscur ayant des liens avec la Mafia. Imaginez la suite…

Ce syndrome de la résurrection est largement alimenté par la théorie de substitution, qui n’épargna d’ailleurs pas Jésus le Nazaréen. Il existe en effet de nombreux écrits évoquant un simulacre de crucifixion, dont certains ont sans doute été inspiré par l’évangile de Matthieu, certaines lignes ayant été interprétées de façon non équivoque :  « En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter la  croix de Jésus. Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ». (Mt 27, 32-35). Bigre ! Jésus n’a pas été crucifié ! Simon de Cyrène a pris sa place ! D’autres textes dits gnostiques évoquent cette substitution: Irénée rapporte que Basilide, hérésiarque né à Alexandrie au premier siècle écrivit un évangile dans lequel il avançait cette même hypothèse : « Jésus n’a pas souffert, mais un certain Simon de Cyrène fut obligé de porter la croix à sa place. C’est lui qui, par ignorance et erreur, fut crucifié, ayant été transfiguré par Jésus, de façon à passer lui-même pour Jésus». Les Manichéens du troisième siècle affirmaient également que « Jésus n’était mort qu’en apparence » ; dans l’Evangile apocryphe de Barnabé, se trouve un autre cas de figure : Judas eut « l’apparence de Jésus et fut crucifié à sa place ». Les textes écrits de l’Islam coranique affirment également que Jésus n’a été ni tué ni crucifié mais que Dieu l’a protégé de ses assaillants et qu’Il l’a élevé à Lui (Coran 4/157-158) :  « . et à cause de leur parole : ‘‘Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu’’… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce n’était qu’un faux semblant ! » Cette traduction, la plus connue,  indique donc que quelqu’un d’autre est mort à la place de Jésus. Seulement, une traduction peut être proposée, le mot ‘‘faux semblant’’ n’existant pas dans le texte arabe. En fait les mots arabes utilisés, se traduisent  par ‘‘cela leur a apparu ainsi’’. Cette théorie de la substitution n’est pas sans conséquences : il existe un tombeau à Srinagar, au Cachemire, et une autre à Shingo (village où le prophète aurait terminé ses jours dans une ferme), au Japon ! 

     
Celui qui a fait rouler la pierre. Parlez-vous l’ancien nubien ? L’ancien nubien est une  langue aujourd’hui disparue, qui fut écrite en Nubie entre les VIIIème et XVème siècles. Il n’en reste plus qu’une centaine de pages, principalement des textes chrétiens, écrits en utilisant une forme dérivée de l’alphabet copte. Il existe un court passage sur la Résurrection dont voici la traduction : « Rocher et-quand-ils-allèrent-loin Jésus œil paire - haut élever dit-il -père Je-remercie toi. » Cela parait abscons comme ça mais en fait pas du tout surtout si l’on tient compte de la traduction anglaise, qui se passe de tout commentaire : « Rock and-when-they-rolled-away Jesus eye pair high raising he-said father I-thank you. » Annoncer le lien entre Jésus et le rock avant la création de ce dernier… Trop forts, ces Nubiens… 

     Comme le souligne Jacques Duquesne[1], « Il s’est donc passé quelque chose, en ces jours là, comme une explosion, un surgissement de foi, qui a changé ces hommes [les Apôtres]. Ils ont dit que ce « quelque chose », c’était leur rencontre avec Jésus vivant, ressuscité, et ils l’ont redit jusqu’à en mourir ». Mais rappelons également que Jésus n’a eu besoin ni de best of racoleurs (qui sortent « curieusement » à Noël), de biographies creuses  ou de clones insipides pour continuer à marquer l’histoire d’aujourd’hui . Il l’avait d’ailleurs bien envisagé : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Marc 13, 31). Bien joué, Jésus…



[1] Dans Jésus
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Saturday, March 17, 2007

Pas facile la vie de groupe

« Quand nous sommes réunis tous les quatre, l’atmosphère devient tellement intense. On ne peut pas imaginer quatre personnalités plus différentes ni plus motivées. Alors, forcément, parfois, c’est chaud » Neil Young, à propos de Crosby, Stills, Nash and Young

 

      Ce n’est un secret pour personne : le monde du rock’n’roll, croisement d’ego surdimensionnés et d’inconscience féconde, est jonchée de coups de gueule tonitruants et de fâcheries homériques. Nombreux sont donc les groupes dans lesquelles la phase « je t’aime moi non plus » finit par devenir un membre à part entière, avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs, puisqu’il en va parfois de la survie de la bande…

 

       Alors qu’en est-il de nos Douze et de leur charismatique leader ? On ne peut affirmer qu’ils aient totalement échappé à la dure loi du genre qui veut qu’une forte concentration de testostérones n’est pas forcément synonyme d’harmonie et d’équilibre.

 

      Les raisons de l’existence de tension sont multiples et certaines semblent toujours d’actualité. En voici un petit aperçu :

 - Des personnalités au profils fort différents . En effet, Jésus n’a pas fait dans la simplicité en convoquant des pêcheurs, des paysans, un collecteur d’impôts qui bosse pour les Romains, un zélote (Simon), qui est un résistant à l’occupation romaine capable de prendre les armes, l’impétueux Simon-Pierre qui n’hésite pas à sortir l’épée et à trancher l’oreille d’un soldat (Jean 18,12), un Judéen (dont le peuple haïssait les Galiléens, pourtant en majorité dans le groupe)… Sans compter les fratries (Simon et André, Jacques et Jean), toujours enclines à se chercher des noises à la manière des frères Gallagher d’Oasis (« Quand mon frère fait sa forte tête, je lui colle une paire de beignes » dixit Noel). A croire que le seul point commun sera finalement leur appartenance aux Douze.

 - L’argent, l’une des premières sources de discorde au sein des Douze. Lors de l’épisode de la première multiplication des pains, Jésus incite les Apôtres à nourrir la foule, mais le groupe râle : « Allons–nous dépenser le salaire de deux cents journées pour acheter du pain et leur donner à manger ? » (Marc 6,37). Les Douze trouvent une autre opportunité de se plaindre à Béthanie, lorsque une fan de Jésus lui verse du  parfum onéreux sur la tête : « Quelques–uns s’indignaient : […] on aurait pu vendre [ce parfum] pour plus de trois cents pièces d’argent et en faire don aux pauvres » (Marc 14,5) . Quant au pauvre Judas, le trésorier du groupe, il est même accusé de piquer dans la caisse ! Selon Jean (12,4) : « c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l’on y mettait ». On sait comment cette histoire se terminer…

 - Les fatigues engendrées par une tournée harassante de trois ans en raisons de marches particulièrement longues (les grands bus climatisés n’existaient pas encore…). Cana, Capharnaüm, Béthanie, Jérusalem, nombreuses sont les villes traversées par la tournée des Douze. Mais nous y reviendrons dans un autre article consacré aux concerts de Jésus. 

 - Les petites crises de jalousie : Pierre, Jacques et Jean ont dû aiguiser  maintes jalousies au sein du groupe. N’ont-ils pas assisté en privilégiés à la Transfiguration (Mathieu, 17,1) et à la résurrection de la fille du chef de la synagogue de Jaïre ? (Marc, 5,37). Le rôle de certains Apôtres comme Thadée ou Barthelemy semble bien discret en comparaison. D’ailleurs, Pierre, devenu le porte parole du groupe, se la pète parfois un peu puisqu’il  n’hésite pas à prendre Jésus à part et à lui faire de « vifs reproches » (Marc 8,32-33). La réponse du rabbi aura de quoi le calmer, d’autant plus qu’il le fait en présence des membres du groupe : « il interpella vivement Pierre : ‘‘Passe derrière moi, Satan !’’ ». On se croirait presque chez les Stones…

 - La concurrence avec les autres groupes a aussi dû faire tourner la tête des Douze. A l’image du rock dans les années 60 et 70, le judaïsme du premier siècle, en pleine ébullition, jusqu’en 70 a explosé en genres et sous-genres : les pharisiens, les sadducéens, les esséniens mais pas que. Pour Duquesne,  « ils ne sont pas les seuls. Cette époque troublée voit se multiplier […], les prédicateurs, les inspirés, les petits prophètes qui arpentent le pays, suivis de groupe de fidèles qui attendent chacun à leur manière le Messie et se tapent dessus à l’occasion ». Perrot va même plus loin : « ce genre de prophètes, plus ou moins ‘‘messianisés’’ selon le cas, constituaient en fait d’étranges rivaux au regard de Jésus et des premiers croyants ». Nous pouvons aller jusqu’à penser que certains membres du groupe pouvaient ronger leur frein du fait que Jésus, dans son rôle de messie potentiel, n’en faisait pas assez pour son peuple,  comme « prendre la tête d’une insurrection libératrice » (expression de Duquesne) contre les Romains.

      Terminons cet article en rappelant combien les Evangiles ont suivi de petites transformations au cours du temps : les copistes ont sans doute arrangé leur sauce afin de rendre certains passages plus en adéquation avec leurs croyances. Fricker abonde dans ce sens : « En Marc 1,41, […] on lit que Jésus est ‘‘irrité’’ dans la majorité des manuscrits, mais certains ont remplacé ‘‘irrité’’ par ‘‘pris de pitié’’, ce qui correspondait sans doute mieux à l’idée d’un Jésus plus impassible ».  Quelques traces des petits coups de gueule de Jésus subsistent néanmoins, où le leader se voit  tantôt décrit comme atterré par ses compagnons de groupe : « Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur aveuglé ? Vous avez des yeux et vous ne regardez pas, vous avez des oreilles et vous n’écoutez pas ? » (Marc 8, 17-18), tantôt explicitement excédé par leur comportements : « Jésus se fâcha » (Marc 10,14).

      Le groupe des Douze a donc bel et bien traversé des turbulences, des moments de tension mais sans jamais se disloquer véritablement. L’apanage, des grands groupes sans doute, et comme le rappelle feu Joe Strummer (The Clash) : « Je crois que quand un groupe lutte pour sa survie ou pour s’imposer, il est plus soudé, parce qu’il a un but précis vers lequel tous ses membres tendent ». Amen !

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Saturday, March 3, 2007

Les origines de la légende

« Le blues est la source de tout. » Keith Richards (guitariste des Rolling Stones)

           

      Il existe un point commun indiscutable entre Jésus et le rock’n’roll : il est très difficile de déterminer avec précision la date de naissance de l’un et de l’autre…

 

      Commençons avec la datation du rock’n’roll. Il existe à ce sujet une véritable querelle, en fonction des goûts et des chapelles de chacun. Comme le rappelle Yves Bigot : « Inévitablement, il y a les intégristes d’Elvis et de l’enregistrement, historique de That’s all right (Mama) au studio Sun […] à Memphis. Mais même là-dessus, la contestation règne. » A savoir : est-ce le 5 juillet 1954 ou le 6 juillet 1954 ? Ce n’est ici qu’un point de vue et d’autres seront développés plus loin…

      En ce qui concerne le rabbi Yéchoua, « le problème reste ouvert » comme le mentionne Charles Perrot, professeur à l’Institut catholique de Paris. Pourquoi donc, d’ailleurs ? Michel Quesnel[1] rappelle qu’« on est beaucoup moins assuré à propos de la naissance de Jésus, tant sur la date que sur le lieu. L’état civil ou son équivalent n’existant pas dans l’Antiquité, on ignorait la date de naissance des gens, sauf s’ils étaient de haute lignée ». Néanmoins, la plupart des exégètes s’accordent : Jésus est né avant la mort d’Hérode, à savoir en l’an – 4 de notre ère. Nous voilà bien avancés ! Mais d’où sort donc ce 25 décembre, alors ? Le calendrier occidental moderne, qui fait démarrer l’ère chrétienne à la naissance de Jésus, s’est fondé sur les calculs d’un moine nommé Denys le Petit, mort en en 545, qui fixa Noël au 25 décembre de l’an 753 de la fondation de Rome  ce qui correspond à 5 ou 6 ans avant le début de l’ère dite chrétienne.  Selon Denis Fricker, maître de conférences à la faculté de théologie de  Strasbourg, « les Romains célébraient le 25 décembre la fête païenne  du Soleil Invaincu, qui a symboliquement lieu autour du solstice d’hiver du soleil » or, selon Duquesne[2], « les chrétiens d’alors assimilaient volontiers Jésus au soleil ».

 

      Autre nébuleuse concernant la naissance de Jésus : il n’est pas davantage né à Bethléem. Fricker nous renseigne : « En raison notamment de la valeur symbolique de cette bourgade de Judée, lieu d’origine du grand roi de l’Ancien Testament, David, auquel Dieu avait promis d’affermir sa maison royale en lui donnant une descendance (2 Samuel, 7, 12). Affirmer que Jésus vient de cette lignée, c’est l’inscrire dans cette promesse et cela pouvait permettre aux rédacteurs des évangiles de prouver que Jésus était bien le Messie-roi attendu par les Juifs.  Il ne serait donc pas né à Bethléem en Judée, mais sans doute à Nazareth, où de l’avis de toutes les sources, il aurait passé au moins une partie de son enfance ».

 

      Revenons au rock, et à sa date de naissance.  Elvis lui-même en convenait : il n’avait rien « inventé » ! Et si l’on écoute les meilleurs spécialistes, le premier rock’n’roll pourrait même remonter à 1942 !

 

      Si « Jesus is rock’n’roll », et si le rabbi en est à l’origine, pourrait-on aller jusqu’à lui trouver des pionniers ou des inspirateurs ?  Revenons à la source du ministère de Jésus et de sa mission. Un autre prophète fait sensation sur « les rives de ce Jourdain aux eaux boueuses et tumultueuses. Un peu miséreux comme un ermite, la peau tannée par le soleil dont le feu brûle neuf mois sur douze »…  Cet homme, c’est Jean le Baptiste, il annonce à qui veut l’entendre le Royaume des Cieux et la venue de « quelque chose de plus fort que moi » (Matthieu 3,11). 

Jean le Baptiste fut à Jésus ce que le blues fut au rock’n’roll !

       Et oui, les mecs, le Jourdain c’est le Mississippi !!! Et quelle est la forme musicale et rudimentaire née sur les bords de ce fleuve sudiste ? Le blues ! 

       Dixit Pete Townshend (guitariste des Who) « Le blues est le moment de la libération des Noirs aux Etats-Unis. C’est l’émancipation, la révolution. Ce qui rend le rock si important, capital, c’est justement qu’il vient du blues. » 

       Si la vie n’est pas un long fleuve tranquille, alors celle d’un prophète se doit de prendre place  sur les rives de celui-ci…


[1] Dans Jésus-Christ, de quoi est-on sûr ?

[2] Dans Jésus

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Thursday, February 22, 2007

Le groupe de Jésus avait-il un nom ?

« Beaucoup nous posent la question : “mais quel genre de groupe êtes-vous ?”. On les sent inquiets. Tout le monde connaît la lettre u et le chiffre 2. C’est universel. En fait il s’agit plus d’un signe que d’un nom véritable. » Bono (leader de U2, en 1981).

      Si l’expression « Jésus et ses disciples » revient régulièrement dans les Evangiles (surtout chez Marc), il serait maladroit de croire que le groupe accompagnant le prophète en tournée ne servait que de faire valoir. Si on lit attentivement les évangélistes, il est évident que les camarades du Rabbi formaient « une sorte d’entité autonome » (selon J. Prieur et G. Mordillat), dont le rôle non négligeable était de servir d’intermédiaires privilégiés et de témoins. Ils n’étaient pas regroupés sous le nom Apôtres (du mot grec apostolos signifiant « envoyé », et qui désigne ensuite un témoin de la Résurrection de Jésus, cf. Paul dans la Lettre aux Galates, rédigée dans les années 50) mais celui des Douze. Le D majuscule, mentionné par tous les Evangélistes corrobore cette affirmation (florilège non exhaustif, évidemment) :

   -  « Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze » Matthieu 26,20

   -  « Donc, [Jésus] institua les Douze » Marc 3, 16

   -  « Jésus convoqua les Douze » Luc 9,12

   -  « Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir vous aussi ? » Jean 6,67

Il semble important de souligner que le seul passage des Evangiles parlant explicitement des « Douze Apôtres » est Matthieu 10,2.

Le groupe de Jésus s’appelait donc les Douze !

      Le choix du nom du groupe s’avère toujours crucial à l’aube dans une carrière et ce n’est un secret pour personne, derrière ces noms se cachent bien plus qu’un simple souci d’efficacité sonore. Certains y vont de leurs références littéraires (Steppenwolf d’après le roman de Herman Hesse, The Doors d’après William Blake…), musicales (Pink Floyd d’après les noms de deux jazzmen Pink Anderson et Floyd Council, Radiohead d’après une chanson des Talking Heads…), voire clins d’œil aéronautiques (B-52’s, Led Zeppelin, U2…).

      Alors qu’en est–il vraiment de ce chiffre douze associé aux disciples ? Il recouvre en fait une dénomination à forte signification symbolique qui permet de mieux comprendre le rôle des compagnons de Jésus. Comme le précise Daniel Marguérat, professeur de Nouveau Testament à l’Université de théologie de Lausanne, « Les Douze étaient un Israël en miniature, un micro-Israël, et c’est ainsi que l’a voulu Jésus : il voulait recomposer symboliquement l’Israël des douze tribus, pour signifier sa volonté de réformer la foi du peuple élu, à partir de douze individus choisis par grâce pure. »

      Voilà un groupe au nom finalement méconnu qui restera dans l’Histoire ! Terminons en rappelant que nombreux sont les groupes de rock utilisant un chiffre ou un nombre dans leur dénomination (Ten Years Later, Nine Inch Nails, 10,000 Maniacs…). Décidément, quel visionnaire ce Jésus…

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Wednesday, February 21, 2007

La naissance du Groupe

Il est toujours fascinant et amusant de savoir comment les plus grands groupes rock se sont constitués.

      Prenons les Rolling Stones : imaginons deux ados, Mick Jagger et Keith Richards, de seize ans,anciens amis d’enfance mais ne se voyant plus, sur le quai de la gare de Dartford où ils attendent chacun de leur côté le train de banlieue pour Londres. Jagger a sous le bras des disques de blues rares et Richards l’aborde… Simplissime, non ?

      Autre histoire édifiante mais plus classique : celle de la petite annonce placardée au lycée par un jeune batteur de 14 ans (Larry Mullen Junior) voulant constituer son propre groupe, qui deviendra  quelques années plus tard U2…

      Le hasard fait donc parfois bien les choses. Tellement bien d’ailleurs qu’il vaudra à Einstein cette fameuse formule : « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito ». Sic.

      En ce qui concerne Jésus, il semblerait bien que lui aussi s’en soit remis au hasard, celui des rencontres. Car c’est en Galilée, au bord du lac de Génésareth, que Jésus recrute ses premiers compagnons de voyage : Simon et André, Jacques et Jean, tous pêcheurs. Il les appelle à le suivre, ce qu’ils font immédiatement. Cette anecdote en dit long sur le charisme de Jésus. Bien sûr, on peut y voir là l’expression biblique traditionnel, mais nul ne peut nier cette « fascination immédiate et irrésistible », comme le soulignent Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, qu’il exerce sur eux dès leur première rencontre (Pierre est marié et possède une petite activité de pêche, Luc 5,10) . Et n’oublions pas ce détail capital : c’est Jésus lui- même qui choisit ses disciples, contrairement à la tradition juive de l’époque, où le Rabbi était choisi par des jeunes qui allaient devenir ses élèves. Il est donc d’emblée le maître, le leader incontesté si vous préférez, et l’on peut même y voir un des premiers actes de rébellion de Jésus…

      Continuons plus avant avec la formation du groupe : André recrute à son tour Philippe (cf The Edge avec Bono, Jagger et Richards… ), qui recrute Nathanaël, le cinquième disciple qui fait de Jésus un Rabbi à part entière, conformément à la coutume. Si le choix des autres membres du groupe n’est pas très explicite, il est plus surprenant de constater que les disciples ne sont pas tous choisis au même moment. Par exemple, Matthieu le publicain de Capharnaüm ne rejoint le groupe qu’après le premier méga concert de Jésus : Le sermon sur la montagne. D’ailleurs, il n’est pas rare d’assister dans l’histoire du rock à l’évolution (remplacements, recrutements inopinés…) de la composition des groupes : David Gilmour a rejoint Pink Floyd avant l’éviction de Syd Barrett, Ron Wood a été choisi par les Stones en 1975 pour remplacer Mick Taylor…

      Est-il logique de voir de telles transformations au sein des apôtres ? Il semblerait que oui : Jaques Duquesne[1] précise que « à bien lire les Evangiles, on a le sentiment que les apôtres eux-mêmes n’accompagnent pas toujours Jésus. Pierre par exemple, continue à pêcher parfois, au moins dans les premiers temps (Luc 5,11), et le fera aussi après la résurrection (Jean, 21,1,2) ». Jésus fait-il tourner son effectif et pourquoi ? Pour éviter la fatigue due aux tournées permanentes qui durent des mois ? Pour leur permettre de rejoindre leur famille, les plupart des apôtres étant mariés ? La question reste posée. Mais ce qui est sûr, c’est l’existence de ce groupe dont le destin sera éternellement lié à son fondateur…   Pour connaître le nom des membres du groupe de Jésus, relire les passages suivants : Mt 10:1-4, Mc 3:13-19, Lc 6:12-16.



[1] Dans Jesus, cf. bibliographie du blog

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Tuesday, February 20, 2007

Bibliographie

Cette bibliographie est bien sûr susceptible d’évoluer au fil des articles !

About Jésus

Nouveau Testament et Psaumes, Traduction officielle pour la liturgie, Editions de l’Emmanuel, Paris, 1993  

Gérard Bessière, Jésus. Le dieu inattendu, Gallimard, Découvertes, 2005

Jacques Duquesne, Jésus, Desclée de Brouwer/ Flammarion, 2004

Jacques Duquesne, Le Dieu de Jésus, J’ai Lu, 2000

Denis Fricker, Jésus, Le cavalier bleu, Collection Idées reçues, 2005

Alain Houziaux (dir.), Jésus-Christ, de quoi est-on sûr ?, Les Editions de l’Atelier, 2006
Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, Plon, 2007 

Charles Perrot, Jésus,  PUF, Que sais-je ?,  2000

Jérôme Prieur/Gérard Mordillat, Jésus, illustre et inconnu, Albin Michel, 2004

Michel Quesnel, Jésus, l’homme et le fils de Dieu, Flammarion, 2004
Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur la religion, Albin Michel, Le livre de poche, 2004

François Varlin, L’indispensable de la Bible, Studyrama, 2005

About Rock’n’roll

Michka Assayas, Bono par Bono, Conversations avec Michka Assayas, Grasset, Le livre de poche, 2007

Yves Bigot, Plus célèbres que le Christ, Flammarion, 2004

Stan Cuesta, U2, Librio, 2003

Les Inrocks2, 50 ans de rock, vol.3 : Les années 70, 2004

Fabien Hein, Rock et religion, Dieu(x) et la musique du diable, Les cahiers du rock, 2006

Alain Dister, L’âge du rock, Gallimard Découvertes, 1992

Documents Internet about Jesus

P.-L Couchoud et  R. Stahl, « Jésus Barrabas », http://www.hermann-detering.de/Barabbas.htm

Daniel Marguérat « Les douze apôtres : un groupe bizarre, hétéroclite », interview de avril 2006, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-762093@51-759170,0.html

Documents Internet about rock Biographie de U2, http://www.u2achtung.com/01/biographie/

« Rock bands, name origins », http://library.thinkquest.org/4626/rock.htm/

Paola Genone et Thierry Gandillot, « Dans la peau de Bob Dylan », août 2006, http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/papyrock/dossier.asp?ida=450932

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