Wednesday, February 6, 2008

Un rebelle nommé Jesus - Part 1

« Les Rolling Stones  se rebellaient contre l’ennui et le conformisme de mortels de l’après guerre. (Ils) ont beaucoup plus contribués à l’évolution des mœurs et des mentalités que la majorité des marxistes et des leaders politiques » Mick Jagger (Rolling Stones)
     
      Le rock’n'roll a toujours inspiré une jeunesse se sentant trop à l’étroit dans le carcan moral de ses aînés.  Cet esprit de sédition sera présent dès la naissance du rock au milieu des années 1950 est restera toujours vivace dans les
années 1960 avec les protest songs  du mouvement hippie exprimant avec poésie et engagement le rejet de la guerre froide ou de l’engagement militaire au Vietnam, puis à la fin des années 1970 avec le mouvement punk. Ce que confirme David Bowie : « [Le rock] a marché main dans la main avec le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, il a fourni une perspective au pacifisme et des troupes morales pour lutter contre la guerre au Vietnam ; pendant l’explosion punk, il a attiré l’attention sur la dépression économique qui a saisi les populations européennes à la suite du second choc pétrolier  ; […] il lutte pour faire libérer Nelson Mandela  et abolir l’Apartheid en Afrique du Sud, comme il a lutté contre la ségrégation raciale en Amérique ». Joli bilan, quand même…

      Pourtant, la bonne société américain fera souvent du rock’n’roll son « ennemi numéro 1 ». Elvis Presley en son temps ne laissait personne indifférent : capable d’agacer l’Américain puritain et bien-pensant qui veut le faire interdire à la télévision, le King devint malgré tout une idole pour des millions d’adolescents…
     
Il y a deux mille ans, Jésus a, lui aussi, détonné dans la société galiléenne de son temps.  Denis Fricker le rappelle en affirmant que « l’adulte Jésus ne se conforme pas vraiment aux valeurs de son époque ». Ses paroles et ses actes ont à maintes reprises attiré les foudres de la société bien pensante qu’il a côtoyé et finalement bousculé. Autant dire qu’il s’est souvent comporté comme un authentique rebelle en adoptant une liberté de ton et de langage peu communes pour l’époque.

      C’est en utilisant très fréquemment « je » (comme dans « je vous le dis » (Jean 6,26) ou bien « et bien moi, je vous dis » cité à cinq reprises dans le Sermon sur la Montagne) que Jésus fait parler de lui. Des propos du type : « Je suis le pain vivant descendu du ciel, qui mangera ce pain vivra à jamais » étaient même jugés scandaleux : « les juifs récriminaient contre lui » (Jean 6,41). Comme le rappelle Jacques Duquesne, Jésus « oppose sa propre autorité à celle de la Loi et des prophètes » mais surtout, il parle en son nom propre. De la même manière, il prétend tenir son pouvoir directement de Dieu puisqu’il remet les péchés ! (Luc 7,36-50)
.  Voilà une audace qui aura du mal à passer auprès des scrupuleux gardiens du Temple…

      Mais Jésus pousse plus loin la provoc lorsqu’il n’hésite pas à critiquer et à remettre directement en cause le Temple. Ses propos sur la destruction du Temple (Marc 1 3,1 et Jean 2,18) ont tout d’une « attaque frontale » (expression de Duquesne) contre ce dernier. Jésus dit à tous que le lieu du rendez-vous avec Dieu n’est plus le Temple, mais sa personne ! Et il ne s’arrête pas là : « Je puis détruire le Temple de Dieu et en trois jours le rebâtir » (Marc 26,61). Pour les sadduccéens, qui tiennent le Temple, pas de doute : Jésus pète un câble et blasphème en attaquant aussi durement l’institution économico-religieuse ! Ce sera, pour les autorités juives, la raison officielle, de sa condamnation. Car le Temple, qui est le plus grand employeur de la ville (artisans, tisserands, potiers etc. travaillent pour lui), c’est avant tout l’endroit où il est possible de rencontrer Dieu. Alors l’attaquer relève de la folie pure. Notons que Jésus ne provoque pas gratuitement, il a ses raisons qu’explique Frédéric Lenoir : « Il remettait en cause la notion d’espace sacré, celle de la tradition religieuse se définissant comme un centre […] cette critique s’adresse bien entendu aussi aux institutions et aux autorités religieuses en leur montrant les limites de leur pouvoir : elles ne sont que des moyens au service de l’individu dans sa relation libre et directe à la Transcendance ». Petite parenthèse : le milieu du rock ne s’est jamais privé de se remettre en cause, et à subir des attaques internes. Le mouvement
punk, par exemple, s’est clairement construit en réaction face au rock des années 1970, de plus en plus glam et « professionnel ». Pour Kurt Cobain, il fut salutaire : « Le punk était simple, énergique, mélodique. Trois minutes d’émotion brute, vitale, qui donne la pêche, qui font aller de l’avant. […] Ce sont les punks qui m’ont fait comprendre qu’il n’était pas nécessaire de devenir professionnel : il suffit d’avoir la foi ».

      Jésus s’attaque aussi aux traditions sociétales en remettant les relations familiales en cause. Et il n’y va pas par quatre chemins, le galiléen ! « Qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi » (Matthieu 10,37). Il n’hésite pas non plus à opposer sa famille biologique aux membres de son groupe de disciples : « Voici ma mère et mes frères» (Marc 3,32-35). Dans la société proche orientale et juive de l’époque, la vie de famille était le fondement de toute vie sociale. Bousculer ainsi son fonctionnement était véritablement novateur. De fait, ses relations avec sa mère ont fait couler beaucoup d’encre. Prenons le fameux épisode de Cana : lorsque Marie souhaite que son fils fasse un signe, ce dernier l’envoie bouler en lui répondant « Femme, que me veux-tu ? ». Mais attention, Jésus n’est pas un fils indigne ! Il sait que sa mission passe avant les liens familiaux. Pour Denis Fricker, cette rupture peut aussi être comprise de manière symbolique et spirituelle : Jésus a choisi « une vie a-familiale par la nécessité de se mettre au service d’un royaume qui serait d’une autre nature que les royaumes et sociétés des hommes ».

      Restons encore un instant avec la gente féminine. Car Jésus innove et détonne aussi avec ses propos sur les femmes. Pour Fricker encore, « Jésus est le seul orateur de l’Antiquité dont on sait qu’il a non seulement parlé des femmes, mais qu’il s’est aussi adressé à elles ». Parmi ses paraboles, un certain nombre de personnages féminins sont mises en exergue comme, par exemple, cette veuve qui par sa persévérance a su faire plier un juge injuste (Luc 18,2-8). Rappelons aussi l’opposition résolue de Jésus à la pratique de la répudiation qui, d’après un texte de la Torah, en Deutéronome 24,1, est permise à tout mari découvrant chez elle « quelque chose de honteux ». Chez Marc 10,3-9, Jésus réfute courageusement ce texte attribué à Moïse en déclarant que ce dernier a simplement ratifié une pratique qu’il jugeait abusive et datée. Dans une société proche orientale d’orientation patriarcale, une telle attitude ne manque pas d’audace et Jésus n’est pas loin de passer pour un contestataire féministe…

      Terminons enfin ce petit chapitre sur les mots de Jésus avec quelques remarques sur la nouvelle traduction de la Bible entreprise par les éditions Bayard en 2001 et qui a engendré son lot de controverses. Un passage surtout a suscité les ires de nombres croyants : dans l’Evangile de Marc, traduit par l’écrivain Emmanuel Carrère et Hugues Cousin (Docteur en théologie, spécialiste de l’exégèse néo-testamentaire) des pharisiens se mettent à discuter avec Jésus et lui demandent un signe venant du ciel pour le mettre à l’épreuve. Voici leur réponse de Jésus : « Quelle engeance ! Exiger un signe ! Plutôt crever ! » (Marc 8, 11-13).  On pourrait gloser longtemps sur une telle traduction, mais le parti pris des auteurs a de quoi séduire : Jésus, qui avait son franc parler, n’était décidément pas un prophète comme les autres…

To be continued

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Un rebelle nommé Jesus - Part 2

      Bien au-delà de « la subversion du message christique » (expression de Frédéric Lenoir) la vraie rébellion de Jésus ne pouvait trouver son apogée et sa raison d’être que dans ses actes.

      Jésus de Nazareth a grandi dans un monde troublé. Ce contexte tendu favorisait donc les appels à la révolution. D’ailleurs, les évangiles montrent souvent Jésus obligé de calmer l’inspiration révolutionnaire de certains de ses disciples, ou même de foules enthousiastes qui voulaient le faire roi (Jean 6-15). Par ailleurs,  il exprime son souhait de ne pas se mêler de luttes politiques via le célèbre « Rendons à César… » (Marc 12,17). Malgré tout, cela n’a pas empêché le rabbi de bousculer son époque par des actions innovantes et surprenantes.

      Jésus n’hésite à s ‘attaquer aux règles religieuses. Il transgresse même les tabous alimentaires puisque Jésus « déclarait tous les aliments purs » (Marc 7,19). Pour Jésus, ce qui rend l’homme impur n’est pas ce qu’il mange mais ce « ce qui sort de l’homme ». Cette remise en cause est un acte fort, car explique Jacques Duquesne, « Israël sacrifiait sans cesse des animaux, des agneaux le plus souvent pour garder le contact avec l’Eternel, rétablir toujours son lien avec Lui. L’arrivée de Jésus rend ces rites inutiles : il établit lui-même le contact avec Dieu, il créé une ligne directe ». Jésus se met à dos non seulement le sacerdoce dirigé par la caste des sadducéens, mais aussi la confrérie des pharisiens. Surtout lorsqu’il crée le scandale en ne respectant pas le sabbat  (Marc 2,23). Pourtant, Jésus ne méprise pas les règles religieuses. Il les observe même parfois.  Il fait juste appel à la conscience et à l’intelligence de chacun, et en propose une interprétation nouvelle quitte à bousculer un peu les traditions et les règlements comme les ablutions rituelles ou le sabbat.
     
Jésus est libre et se moque bien du quand dira t’on en ne dissimulant en rien ses « mauvaises fréquentations » : il n’hésite pas à casser la graine avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs (Marc 2,15) et à toucher un lépreux (Marc 1,40-45). Ces derniers, véritables bannis de la société comme le démontre le livre du Lévitique (« qu’on les jette hors de la ville », 14,40) étaient considérés comme impurs physiquement et spirituellement. Mais Jésus ne suit pas le sens commun et transgresse une nouvelle fois la loi juive en le touchant et en le guérissant. Jésus, par ce geste, a aussi permis à ce pauvre bougre de retrouver sa place dans la société.  Comme quoi, Jésus est l’exemple même que, à l’instar du rock d’ailleurs, l’on peut à la fois bousculer les interdits et créer du lien social…

      Soyons clairs sur les coups d’éclats du rabbi. Jésus n’a rien d’un rebelle de salon : il ne saccage pas les chambres d’hôtel, comme un demeuré cocaïné en tournée. Mais il sait utiliser la force intelligemment pour s’attaquer directement à ce qui cloche. Lorsqu’il chasse les marchands du Temple, avec un fouet qu’il a lui-même fabriqué (Jean 2, 14,15), il montre que la colère n’est pas stérile. Il s’insurge et trouve honteux que le Temple s’en mette plein les poches grâce à la piété d’un peuple fervent. Les dérives mercantiles n’ont rien à voir selon lui avec l’amour de Dieu. Mais qui serait assez courageux aujourd’hui de se mettre à dos une partie de l’opinion publique américaine en bottant les fesses de ces nouveaux marchands du Temple contemporains que sont les télévangélistes dont le spectacle de la foi frôle bien souvent le grotesque…


      Jésus de Nazareth n’est pas un agitateur politique, mais un agitateur spirituel.  Il sait provoquer, à bon escient. Il n’est pas non plus un révolutionnaire mais son message l’est : l’amour inconditionnel. Il ne prône pas la violence armée, n’a pas de prétentions politiques. Pourtant, il a accordé une attention particulière aux plus défavorisés. Comme l’explique la jolie formule de Gérard Bessière, il désire « passer de l’amour de la loi à la loi de l’amour ». En ce sens, il encourage une certaine relativisation des règles de pureté. A l’égard de la loi, Jésus est donc à la fois libre et exigeant. Ce qu’il critique et ce qui l’énerve, c’est la religiosité et l’ostentation hypocrites des dévots et des gardiens du Temple. La médiation religieuse n’est plus indispensable. Comme le souligne Frédéric Lenoir, « Jésus entend émanciper l’individu du groupe ».  Alors Jésus, trop moderne pour son époque ?
     
A l’instar des messages du rabbi, le rock sait lui aussi distribuer des baffes salutaires, à grande comme à petite échelle : « C’était ça la magie du rock. Entrer dans toutes ces maisons où il n’y avait pas de livres, pas de culture pas d’espoir, rien qu’une longue et lente aliénation. D’un seul coup, ça été la gifle, pour toute ma générations. Ça nous a ouverts » raconte David Bowie. Du reste, le rock n’est pas qu’un moyen de contestation et de rébellion, il est aussi une petite fenêtre sur l’espoir.  De ce fait, il est facile de comprendre pourquoi certains musiciens furent de vrais héros de l’ex-bloc communiste. Frank Zappa souligne : « Cette idée que quelqu’un pouvait avoir une totale liberté d’expérimenter musicalement devait être extrêmement séduisante pour n’importe qui vivant sous un régime totalitaire ». Lou Reed, lui, enfonce le clou : « Il est fascinant de constater combien, en Tchécoslovaquie, le rock comptait. Mes chansons sont d’évidence implicitement à propos de la liberté d’expression et dans le régime d’incroyable répression dans lequel vivaient ces gens, elles ont été comprises ainsi. Elles les ont aidés. »
     
Pour le rock et le rabbi, pas de doute, la liberté, c’est sacré…

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Wednesday, April 4, 2007

Mourir jeune et devenir immortel - Part 1

« [Jim Morrison] avait ce don incroyable, qui lui permettait de toujours s’inventer, cette vision qui habitait ses paroles, sa voix et même son visage et son corps. Là-dessus, il clamse. Quels meilleurs ingrédients pour un mythe ? Maintenant, il a vingt-sept ans pour l’éternité. »  John Densmore (batteur de the Doors)

 

En 1965, The Who proclamaient rageusement dans My Generation (qui allait devenir  un hymne générationnel) : « Hope to die young before get old ! » (J’espère mourir jeune  avant d’être vieux !). L’histoire du rock, jalonnée de décès prématurés et de disparitions dramatiques, a hélas très souvent appliqué à la lettre cette devise « mortelle ». La liste des disparus laisse d’ailleurs perplexe : Buddy Holly meurt à 23 ans (accident d’avion), Eddie Cochran à 21 ans (accident de voiture),  Brian Jones des Rolling Stones à 27 ans (noyé dans sa piscine), Jimi Hendrix à 27 ans (étouffé dans son vomi), Jim Morrison à 27 ans (overdose),  Elvis Presley à 42 ans (plus vieux que Jésus mais moins que Mathusalem) d’une crise cardiaque, Ian Curtis de Joy Division à 25 ans (pendaison), Jeff Buckley à 30 ans (noyé dans le Mississippi), Michael Hutchence de INXS à 37 ans (pendaison), Kurt Cobain à 27 ans (suicide par arme à feu)…

 

Bien sûr, nulle trace ici de « procès » ou de crucifixion, mais avouons tout de même qu’aucun de ces artistes n’a véritablement quitté ce monde à un âge avancé et de manière, dirons-nous, naturelle. « On attend des rocks stars qu’elles s’immolent par feu. Si elles ne meurent pas sur la croix à 33 ans, on veut se faire rembourser ! » clame Bono. Il semblerait donc que le public aime à donner le statut d’icône a tout artiste emporté dans la fleur de l’âge.

 

      Mais revenons un instant sur  la différence entre immortalité et résurrection. Le journaliste François Varlin précise : « L’immortalité de l’âme est donnée pour une libération du corps au moment de la mort, afin de continuer une vie divine. La résurrection, elle, est liée au corps, celui-ci étant confié à la terre, à la tombe, dont il est relevé. Il est réveillé par Dieu du sommeil où il s’était glissé – le mot signifie en grec ‘‘se mettre debout’’ après le sommeil. Ce n’est pas un simple retour à la vie pleine et définitive – comme pour Lazare – mais l’accession à la vie pleine et définitive ».

 

      Jésus a  fait très fort, il a connu les deux… Crucifié il y a près de 2000 ans (la date du 7 avril 30 est la plus fréquemment rappelée), la figure de Jésus demeure toujours aussi captivante : nombreux sont les artistes, cinéastes (de Pasolini à Scorsese) et écrivains (de Dickens à Kazantzakis) qui se sont penchés sur le cas Jésus, et il faut se rendre à l’évidence : Jésus remplit les salles et multiplie les best sellers. Le théologien Denis Fricker rappelle que « le personnage échappe au seul domaine de la foi chrétienne » et bénéficie même d’une certaine notoriété aussi bien dans le Judaïsme (depuis les années 1970) que dans l’Islam (Jésus prophète dans le Coran). Alors, peut-on aller jusqu’à dire que chaque artiste est finalement à la recherche d’une forme d’immortalité, synonyme de reconnaissance suprême, à travers la transcendance de leur art ? Encore une fois, observons comment les rock stars se sont emparées du complexe messianique (dont il n’est pas certain d’ailleurs que Jésus en eût été atteint) pour s’inspirer du Maître.

 

      Que l’on soit prophète ou rock star, il ne fait pas bon être roi : selon Jean (19,19), « Pilate rédigea aussi un écriteau et le fit placer sur la croix. Il y était écrit : ‘‘Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs’’. Fricker explique ce fait : « Le seul chef d’accusation qui semble retenu par Pilate est celui d’une prétention de Jésus au titre de roi, ce qui équivaudrait à une volonté de révolte contre Rome. L’inscription apposée au-dessus de la croix reprend d’ailleurs ce motif de condamnation, tout à fait plausible historiquement ». Faisons maintenant un grand bond en avant et souvenons-nous des surnoms de deux des plus adulées des rock stars : celui de Presley était the King et celui de Morrison (qu’il s’était attribué) Lizard King (Roi Lézard).

 

CQFD :  l’Histoire démontre qu’il n’est pas bien malin de  copier… 

To be continued

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Mourir jeune et devenir immortel - Part 2

L’ombre la mort  (ou comment jouer avec le feu) : les Evangiles rappellent que Jésus avait rapidement annoncé sa mort et sa résurrection. Par exemple dans l’évangile de Marc, Jésus affirme : « Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter » (8,31). Dans le contexte politique et social de l’époque, son attitude rebelle avait de quoi exciter son monde et les ligues de vertu. Fricker, toujours,  développe : « S’il est sans doute vrai que Jésus ne pouvait ignorer qu’il risquait sa vie, il n’est pas du tout assuré qu’il ait pensé devoir mourir dans d’atroces souffrances pour assurer le salut des hommes ».  Jésus est allé si loin, que ceux qui l’écoutaient en étaient effrayés : « C’est un possédé, il est fou » (Jean 10,20) , « Veut-il donc se suicider ? » (Jean 8, 22).

      Sans aller jusqu’à voir en Jésus un adepte de l’autodestruction, on voit bien pourquoi de nombreuses rock stars empruntes le chemin risqué de la provoc : parce que tester ses limites fait parler de soi, et parce qu’en définitive « Personne ne sort de là vivant » (formule attribuée à Morrison). Robbie Krieger, guitariste de The Doors, affirme que Jim Morrison souffrait depuis l’enfance de rhumatismes articulaires. « Si c’est vraiment le cas, cela peut expliquer son comportement suicidaire. Souvent le cœur de ceux qui souffrent de cette affection lâche avant trente ans. Si Jim le savait, à quoi bon… ». Quant à Elvis, il semble que son décès (dû lui aussi à de nombreux abus) était malheureusement un problème qui venait de son ADN. Son père Vernon et son oncle Vester sont eux-aussi décédés d’une crise cardiaque. Il est difficile de croire que le King n’était pas au courant de tels antécédents médicaux. Terminons ce paragraphe avec le fragile et auto-destructeur Kurt Cobain, qui écrivit une note de suicide plus que troublante, qui continue à faire couler beaucoup d’encre, dont voici quelques lignes : « Il y a de la bonté en chacun de nous et je pense que j’aime tout simplement trop les gens. Tant et si bien que ça me rend foutrement triste. […] Petit Jésus indifférent né sous le signe du poisson… Pourquoi ne pas simplement se réjouir ? ». Les trois derniers mots apposés avant sa signature, surprennent encore plus : « Paix, amour, compassion »…

      La mort de rockers charismatiques engendrent toujours son lot de polémiques : cette habitude de se renvoyer la pierre afin de définir les responsables du décès (car il faut bien qu’il y aie un ou des responsables, n’est-ce pas ?) est un épineux problème que bon nombre de personnes s’emparent pour incriminer les mauvaises personnes et régler quelques comptes antédiluviens ou tout bonnement pour se faire un peu de fric. Mais la polémique a commencé il y a bien longtemps, en Judée…

      Denis Fricker rappelle que jusque dans les années 1960, on pouvait entendre dans les églises cette phrase tirée la liturgie catholique du Vendredi saint : « Si c’est Pilate qui a prononcé la sentence et donné l’ordre de le crucifier. Si c’est lui en quelque sorte qui l’a crucifié, vous aussi Juifs l’avez mis à mort ». Il fallut attendre les réformes du concile Vatican II pour « purger » (expression de Fricker) la liturgie de telles expressions. Le temps a donc du faire son office pour faire la part des responsabilités des acteurs de l’époque. Pourquoi ? Parce que le contexte de la condamnation de Jésus demeure assez floue, les Evangiles ne partageant pas les mêmes faits : décalage de chronologie, rôle de chacun mal défini… Odon Vallet rappelle que « le procès est aussi mal connu que l’arrestation et on comprend mal le rôle respectif du roi juif Hérode Antipas, du grand prêtre Caïphe, du Sanhédrin (conseil des Anciens) et du préfet Ponce Pilate. […] Aucune exégèse sérieuse ne peut prétendre détenir la vérité quant à l’ordre de ces comparutions et à l’issue de ces instances ». Charles Perrot s’appuie sur l’évangile de Marc pour souligner que les pharisiens (dont la ligne a donné le Judaïsme d’aujourd’hui) ne sont pas désignés comme les adversaires meurtriers de Jésus, et met en avant le rôle des sadducéens, en charge du Temple. Toujours selon lui, il a été malgré tout difficile d’empêcher « certains mouvements antisémites de s ‘appuyer abusivement sur le récit de la Passion, alors même que les réactions antisémites de Pilate  et des soldats devaient en fait jouer contre Jésus lui-même ».

To be continued

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Mourir jeune et devenir immortel - Part 3

      Le monde du rock, excessif,  ne s’embarrasse quant à lui ni du temps de la réflexion ni de considérations objectives pour s’emparer de ses morts et attiser leur légende.  La mort de Morrison a déclenché bien des passions, d’autant plus que le seul témoin direct, Pamela Courson, est décédé d’une overdose d’héroïne en 1974.  De plus, le décès de Morrison survint dans un climat politique perturbé aux États-Unis (l’opposition à la guerre du Vietnam grandit), qui n’a fait qu’exacerber une paranoïa, nourrie par la disparition de rock-stars (Jimi Hendrix, Janis Joplin) dans des circonstances troubles, et l’assassinat des deux leaders du mouvement afro-américain, Malcolm X et Martin Luther King. Dans ce contexte quelque peu surchauffé,  d’aucuns prétendent que le FBI avait une « liste noire » de personnalités « dangereuses » (comprenez « à abattre ») et que Jim Morrison figurait sur cette liste… 

      Bien que la mort de Cobain intervint dans un contexte politique moins fiévreux,  le doute subsiste quant à son suicide et beaucoup restent persuadés qu’il a été dézingué par sa veuve (joyeuse ?) Courtney Love. Evidemment, il existe des faits troublants : aucune empreinte digitale n’aurait été trouvée sur l’arme du suicide ; Cobain ayant assez d’héroïne dans son corps pour tuer trois personnes, il n’aurait pas été capable physiquement de se suicider ; un certain « El Duce »  leader d’un groupe local de Seattle affirma au réalisateur Nick Broomfield, auteur du documentaire controversé Kurt and Courtney que Love lui aurait offert 50 000 $ pour assassiner Cobain ; mais « El Duce » mourut mystérieusement sous les roues d’un train à Riverside, quelques jours après l’interview…

      La légende se doit aussi d’être entretenue par un voile de mystère , que l’on pourrait appeler syndrome de la résurrection. Si certaines rocks stars sont rongées de l’intérieur par un évident complexe messianique, il faut souligner à l’inverse l’attitude de certains fans qui, a l’instar des apôtres, ont vu leur idole en chair et en os ! Que ce soit Presley ou Morrison, il y aura toujours  des petits malins affirmant les avoir rencontrés en Europe, au Maroc, et même faisant de l’auto stop aux Etats Unis… Le cinéaste Adam Muskiewicz offre d’ailleurs une récompense de trois millions de dollars à quiconque peut mettre la main sur une preuve concrète pouvant accréditer son idée de la  fausse mort de Presley. La chasse au King est ouverte ! Le web est d’ailleurs intarissables sur ces surprenants témoignages. Croiser le King devient un sport national aux US, si bien qu’un américain sur dix ne croit pas à sa mort. Elvis aurait eu plusieurs raisons « d’organiser » sa mort, il y en a tellement que je ne résiste pas à vous livrer la plus romanesque : Elvis aurait perdu avant son décès 10,000,000 $ dans un mauvais investissement avec un organisme obscur ayant des liens avec la Mafia. Imaginez la suite…

Ce syndrome de la résurrection est largement alimenté par la théorie de substitution, qui n’épargna d’ailleurs pas Jésus le Nazaréen. Il existe en effet de nombreux écrits évoquant un simulacre de crucifixion, dont certains ont sans doute été inspiré par l’évangile de Matthieu, certaines lignes ayant été interprétées de façon non équivoque :  « En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter la  croix de Jésus. Arrivés à un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire lieu dit du Crâne, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; il en goûta et n’en voulut point boire. Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ». (Mt 27, 32-35). Bigre ! Jésus n’a pas été crucifié ! Simon de Cyrène a pris sa place ! D’autres textes dits gnostiques évoquent cette substitution: Irénée rapporte que Basilide, hérésiarque né à Alexandrie au premier siècle écrivit un évangile dans lequel il avançait cette même hypothèse : « Jésus n’a pas souffert, mais un certain Simon de Cyrène fut obligé de porter la croix à sa place. C’est lui qui, par ignorance et erreur, fut crucifié, ayant été transfiguré par Jésus, de façon à passer lui-même pour Jésus». Les Manichéens du troisième siècle affirmaient également que « Jésus n’était mort qu’en apparence » ; dans l’Evangile apocryphe de Barnabé, se trouve un autre cas de figure : Judas eut « l’apparence de Jésus et fut crucifié à sa place ». Les textes écrits de l’Islam coranique affirment également que Jésus n’a été ni tué ni crucifié mais que Dieu l’a protégé de ses assaillants et qu’Il l’a élevé à Lui (Coran 4/157-158) :  « . et à cause de leur parole : ‘‘Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu’’… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce n’était qu’un faux semblant ! » Cette traduction, la plus connue,  indique donc que quelqu’un d’autre est mort à la place de Jésus. Seulement, une traduction peut être proposée, le mot ‘‘faux semblant’’ n’existant pas dans le texte arabe. En fait les mots arabes utilisés, se traduisent  par ‘‘cela leur a apparu ainsi’’. Cette théorie de la substitution n’est pas sans conséquences : il existe un tombeau à Srinagar, au Cachemire, et une autre à Shingo (village où le prophète aurait terminé ses jours dans une ferme), au Japon ! 

     
Celui qui a fait rouler la pierre. Parlez-vous l’ancien nubien ? L’ancien nubien est une  langue aujourd’hui disparue, qui fut écrite en Nubie entre les VIIIème et XVème siècles. Il n’en reste plus qu’une centaine de pages, principalement des textes chrétiens, écrits en utilisant une forme dérivée de l’alphabet copte. Il existe un court passage sur la Résurrection dont voici la traduction : « Rocher et-quand-ils-allèrent-loin Jésus œil paire - haut élever dit-il -père Je-remercie toi. » Cela parait abscons comme ça mais en fait pas du tout surtout si l’on tient compte de la traduction anglaise, qui se passe de tout commentaire : « Rock and-when-they-rolled-away Jesus eye pair high raising he-said father I-thank you. » Annoncer le lien entre Jésus et le rock avant la création de ce dernier… Trop forts, ces Nubiens… 

     Comme le souligne Jacques Duquesne[1], « Il s’est donc passé quelque chose, en ces jours là, comme une explosion, un surgissement de foi, qui a changé ces hommes [les Apôtres]. Ils ont dit que ce « quelque chose », c’était leur rencontre avec Jésus vivant, ressuscité, et ils l’ont redit jusqu’à en mourir ». Mais rappelons également que Jésus n’a eu besoin ni de best of racoleurs (qui sortent « curieusement » à Noël), de biographies creuses  ou de clones insipides pour continuer à marquer l’histoire d’aujourd’hui . Il l’avait d’ailleurs bien envisagé : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Marc 13, 31). Bien joué, Jésus…



[1] Dans Jésus
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Saturday, March 3, 2007

Les origines de la légende

« Le blues est la source de tout. » Keith Richards (guitariste des Rolling Stones)

           

      Il existe un point commun indiscutable entre Jésus et le rock’n’roll : il est très difficile de déterminer avec précision la date de naissance de l’un et de l’autre…

 

      Commençons avec la datation du rock’n’roll. Il existe à ce sujet une véritable querelle, en fonction des goûts et des chapelles de chacun. Comme le rappelle Yves Bigot : « Inévitablement, il y a les intégristes d’Elvis et de l’enregistrement, historique de That’s all right (Mama) au studio Sun […] à Memphis. Mais même là-dessus, la contestation règne. » A savoir : est-ce le 5 juillet 1954 ou le 6 juillet 1954 ? Ce n’est ici qu’un point de vue et d’autres seront développés plus loin…

      En ce qui concerne le rabbi Yéchoua, « le problème reste ouvert » comme le mentionne Charles Perrot, professeur à l’Institut catholique de Paris. Pourquoi donc, d’ailleurs ? Michel Quesnel[1] rappelle qu’« on est beaucoup moins assuré à propos de la naissance de Jésus, tant sur la date que sur le lieu. L’état civil ou son équivalent n’existant pas dans l’Antiquité, on ignorait la date de naissance des gens, sauf s’ils étaient de haute lignée ». Néanmoins, la plupart des exégètes s’accordent : Jésus est né avant la mort d’Hérode, à savoir en l’an – 4 de notre ère. Nous voilà bien avancés ! Mais d’où sort donc ce 25 décembre, alors ? Le calendrier occidental moderne, qui fait démarrer l’ère chrétienne à la naissance de Jésus, s’est fondé sur les calculs d’un moine nommé Denys le Petit, mort en en 545, qui fixa Noël au 25 décembre de l’an 753 de la fondation de Rome  ce qui correspond à 5 ou 6 ans avant le début de l’ère dite chrétienne.  Selon Denis Fricker, maître de conférences à la faculté de théologie de  Strasbourg, « les Romains célébraient le 25 décembre la fête païenne  du Soleil Invaincu, qui a symboliquement lieu autour du solstice d’hiver du soleil » or, selon Duquesne[2], « les chrétiens d’alors assimilaient volontiers Jésus au soleil ».

 

      Autre nébuleuse concernant la naissance de Jésus : il n’est pas davantage né à Bethléem. Fricker nous renseigne : « En raison notamment de la valeur symbolique de cette bourgade de Judée, lieu d’origine du grand roi de l’Ancien Testament, David, auquel Dieu avait promis d’affermir sa maison royale en lui donnant une descendance (2 Samuel, 7, 12). Affirmer que Jésus vient de cette lignée, c’est l’inscrire dans cette promesse et cela pouvait permettre aux rédacteurs des évangiles de prouver que Jésus était bien le Messie-roi attendu par les Juifs.  Il ne serait donc pas né à Bethléem en Judée, mais sans doute à Nazareth, où de l’avis de toutes les sources, il aurait passé au moins une partie de son enfance ».

 

      Revenons au rock, et à sa date de naissance.  Elvis lui-même en convenait : il n’avait rien « inventé » ! Et si l’on écoute les meilleurs spécialistes, le premier rock’n’roll pourrait même remonter à 1942 !

 

      Si « Jesus is rock’n’roll », et si le rabbi en est à l’origine, pourrait-on aller jusqu’à lui trouver des pionniers ou des inspirateurs ?  Revenons à la source du ministère de Jésus et de sa mission. Un autre prophète fait sensation sur « les rives de ce Jourdain aux eaux boueuses et tumultueuses. Un peu miséreux comme un ermite, la peau tannée par le soleil dont le feu brûle neuf mois sur douze »…  Cet homme, c’est Jean le Baptiste, il annonce à qui veut l’entendre le Royaume des Cieux et la venue de « quelque chose de plus fort que moi » (Matthieu 3,11). 

Jean le Baptiste fut à Jésus ce que le blues fut au rock’n’roll !

       Et oui, les mecs, le Jourdain c’est le Mississippi !!! Et quelle est la forme musicale et rudimentaire née sur les bords de ce fleuve sudiste ? Le blues ! 

       Dixit Pete Townshend (guitariste des Who) « Le blues est le moment de la libération des Noirs aux Etats-Unis. C’est l’émancipation, la révolution. Ce qui rend le rock si important, capital, c’est justement qu’il vient du blues. » 

       Si la vie n’est pas un long fleuve tranquille, alors celle d’un prophète se doit de prendre place  sur les rives de celui-ci…


[1] Dans Jésus-Christ, de quoi est-on sûr ?

[2] Dans Jésus

Posted by Clappucci at 11:30:00 | Permalink | No Comments »